MandaViews : modélisation des techniques du test

Nous avons tous déjà assisté à des formations, présentations ou séminaires et avons pu y voir divers schémas ou graphes illustrant les idées et les concepts présentés. Nous en souvenons-nous vraiment et nous ont-ils aidé à comprendre mais surtout à apprendre ?

D’un point de vue pédagogique, c’est une question importante. Nous connaissons tous l’adage ≪ un petit dessin vaut mieux qu’un long discours ≫, mais quand les schémas sont trop nombreux, conservent-ils leur efficacité ?

Préambule à la première partie : Ce premier volet de l’article est la traduction et l’adaptation par leurs auteurs de l’article original paru en Décembre 2011 dans Testing Experience #16, The Future of Testing, p112-115 : ≪ MandaViews : modelising test techniques ≫ by Philippe Roux-Salembien, Damien Mathieu, Franck Launay, Gregory Heitz. Testing experience est un journal dédié aux tests, en langue anglaise, qui diffuse depuis l’Allemagne en Europe et au-delà. Dans l’article original de TE, nous proposions les principales techniques de test, telles qu’elles étaient pour l’essentiel dans le syllabus à la fin 2011, ou éventuellement dans les livres que nous citons en référence. Nous avions ainsi présenté une modélisation des techniques de test Boîte Blanche et de celles Boîte Noire. Mais vu l’évolution des Syllabus du CFTL et de l’ISTQB depuis, nous avons décidé de ne présenter que les Boîtes Noires ici.

MandaViews : modélisation des techniques de test

Nous avons tous déjà assisté à des formations, présentations ou séminaires et avons pu y voir divers schémas ou graphes illustrant les idées et les concepts présentés. Nous en souvenons-nous vraiment et nous ont-ils aidé à comprendre mais surtout à apprendre ?

D’un point de vue pédagogique, c’est une question importante. Nous connaissons tous l’adage ≪ un petit dessin vaut mieux qu’un long discours ≫, mais quand les schémas sont trop nombreux, conservent-ils leur efficacité ?

Gardant ceci à l’esprit, nous avons essayé de développer un nouveau concept : les MandaViews (MDVs). Les MDVs proposent une famille de modèles pour illustrer les techniques de test. Les objectifs sont, d’une part, de fournir des idéogrammes pour faciliter la compréhension et la mémorisation à long terme des différentes techniques de test (boîte noire, basées sur l’expérience et les défauts, et les boîtes blanches) et, d’autre part, de proposer un outil de reporting des projets pour les managers.

Pourquoi proposer une modélisation des techniques du test ?

Un support pédagogique

Les testeurs souhaitant améliorer leurs connaissances doivent non seulement comprendre et savoir appliquer les différentes techniques de test mais ils doivent également être capables de les organiser par familles ou de les classer par objectif. Ceci peut parfois demander un travail fastidieux d’analyse, de compilation… Une illustration synthétique facilite donc l’apprentissage mais aussi la hiérarchisation des techniques.

Une approche documentaire

De plus, fournir une vue d’ensemble des techniques effectivement utilisées dans chaque étape ou niveau d’un projet de test pourrait apporter un feedback pertinent aux parties prenantes sur le panel de techniques de test en cours d’utilisation.

Mandalas : d’une ancienne tradition à la pédagogie appliquée

En sanscrit, mandala signifie ≪ cercle ≫, ces diagrammes concentriques sont souvent utilisés comme outils de méditation. Depuis plusieurs décennies ces anciens diagrammes ont été adaptés et utilisés par des professeurs pour illustrer des concepts ou des notions reliées pour les rendre plus compréhensibles et mémorisables. J’assistais à une conférence intitulée ≪ Comment pouvons-nous augmenter notre efficacité en aidant nos enfants dans leurs devoirs ? ≫ tenue par la pédagogue Armelle Geninet à l’école secondaire de ma fille. Madame Geninet expliquait, parmi différents concepts et idées, comment le philosophe et pédagogue Antoine de la Garanderie avait développé le concept de ≪ gestion mentale ≫ et ses 5 ≪ gestes mentaux ≫ pour décrire le processus d’apprentissage : Attention, Mémorisation, Compréhension, Réflexion et Imagination.

Cette recherche a identifié le besoin, pour l’apprenant, de ≪ spatialiser la connaissance ≫. Les mandalas décrits ci-dessus sont utilisés pour contribuer à l’assimilation des connaissances dans des domaines aussi divers que les mathématiques ou l’anglais. La spécificité des Mandalas par rapport à d’autres représentations graphiques dans un tel contexte pédagogique repose sur l’utilisation de symétries, de liens et de codes graphiques entre les différents items présentés.

La combinaison de ces trois points a pour objectif d’améliorer la spatialisation, la compréhension et la mémorisation du concept représenté par le mandala. Lors de cette conférence, j’ai eu l’idée d’appliquer ces mandalas à visée pédagogique à mon propre domaine: le test logiciel, et plus précisément pour représenter les techniques de test. L’idée était confortée par la grande variété de techniques de test décrites dans les différents syllabus du CFTL et de l’ISTQB. J’ai donc conçu un premier modèle pour les boîtes noires (BN) et les techniques basées sur l’expérience, et l’ai nommé : MandaViews. Quelques temps plus tard, lors d’une rencontre avec les consultants et formateurs de FACTory Consulting (societé spécialisée dans l’accompagnement et la formation aux méthodes et outils de test logiciel) je discutais de ce concept avec eux. Ils convinrent de l’originalité de l’idée et discutèrent du potentiel des MDVs dans les activités liées au test. Nous décidâmes alors de continuer à explorer d’autres utilisations des MDVs que nous pourrions partager avec la communauté des testeurs. C’est ainsi qu’est née l’idée de cet article.

Les fondamentaux des MandaViews

Comme les mandalas, les MDVs reposent sur des diagrammes circulaires. Ces cercles sont divisés en sections, chacune contenant un pictogramme illustrant la technique de test qu’il représente. Le premier principe de compréhension des MDVs repose sur une association claire entre le pictogramme et le principe de la technique de test qu’il représente.

Exemple : technique de l’analyse des valeurs limites

Le processus de mémorisation du principe de base de chaque technique de test sur le long terme est ainsi facilité. Le regroupement et le choix de la position de chaque technique selon leur catégorie puis leurs affinités contribuent également à mieux appréhender leurs liens et leur utilisation potentielle au quotidien.

Le modèle MandaViews pour une pédagogie efficace.

Les trois objectifs du modèle MDV reposent sur le processus présenté dans la Fig. 1.

Premièrement, la spatialisation permet d’appréhender globalement toutes les techniques d’une même catégorie grâce au regroupement des techniques reliées.

Deuxièmement, la visualisation est ameliorée à l’aide d’un thème de couleurs et d’idéogrammes facilitant ainsi la compréhension et la mémorisation des principes de chaque technique concernée et de ses relations.

Troisièmement, l’uniformité des modèles en résultant facilite la mémorisation de l’information à long terme lors de l’étude du modèle.

Figure 1 : Principes clés du Modèle MDV, inspirés par les recherches d’Antoine de la Garanderie

Auteurs de la partie issue de Testing Experience : Philippe Roux-Salembien (ACIAL), Damien Mathieu (Factory Consulting), Franck Launay (Factory Consulting), Grégory Heitz (Sopra Steria)

Le Modèle MandaViews pour la modélisation des techniques basées sur les spécifications et des techniques basées sur l’expérience

Figure 2 : Premier MDV : exemple pour les techniques basées sur les spécifications et les techniques basé-es sur l’expérience.

Pourquoi regrouper les techniques boîte noire et les techniques basées sur l’expérience ?

Les techniques boîte noire et les techniques basées sur l’expérience et les défauts constituent probablement les techniques de test les plus communément utilisées par les testeurs il nous semblait donc cohérent de les regrouper. D’autre part, selon le CFTL et l’ISTQB, elles couvrent une douzaine de techniques, ce qui s’avère idéal pour la construction et la symétrie du premier MDV.

La forme circulaire permet donc une visualisation rapide des techniques de test exposées, un regroupement de techniques spécifiques ainsi que l’insertion de commentaires.

De plus, la division en trois zones concentriques facilite la spatialisation de la connaissance en indiquant :

1. Le nom de la technique de test à l’extérieur ;

2. Les pictogrammes conçus pour illustrer le principe des techniques dans le cercle central ;

3. Les catégories de techniques dans la zone centrale.

Les pictogrammes liés aux techniques de test sont faciles à insérer dans les MDVs et aident à comprendre et mémoriser le principe de chaque technique. Les deux premiers pictogrammes des techniques basées sur les spécifications illustrent le rôle des classes d’équivalence et leur lien avec l’analyse des valeurs limites. Ensuite, le pictogramme de la technique de table de décision propose un exemple de table plus facile à identifier que le graphe de cause à effet. Le pictogramme du test de transition d’état illustre le point de départ, trois états différents et leurs transitions.

Pour les techniques combinatoires, la classification arborescente propose un exemple d’arbre puis le test par paires (≪ pairwise ≫) est illustré par un extrait de tableau résultant de l’utilisation de cette technique. Le pictogramme des Cas d’Utilisation montre une vue simplifiée des diagrammes UML habituels. Concernant les techniques basées sur l’expérience, nous avons choisi de proposer des exemples de catégories dans le pictogramme du test par taxonomie concordants avec la définition du CFTL et de l’ISTQB. L’estimation d’erreur qui vient ensuite est probablement assez simple à reconnaître, tout comme le test basé sur les checklists.

Le test exploratoire montre une loupe zoomant sur le mot ≪ Charter ≫ (charte de test), rappelant l’utilisation de l’intuition du testeur autour de thèmes (ou chartes) prédéterminés. Finalement, le pictogramme des tests basés sur les attaques représente les tentatives pour forcer les défaillances par des éclairs.

On peut observer que la spatialisation des douze techniques issues des deux catégories permet de les regrouper visuellement, ce qui aide à la fois la compréhension et la mémorisation.

Deux exemples :

– d’une part le test par partition d’équivalence et le test par analyse aux valeurs limites sont placés à côté car ils sont tous deux basés sur les classes d’équivalence

– d’autre part les tests basés sur les attaques peuvent utiliser les techniques basées sur l’expérience et les défauts, ce qui explique leur placement à la dernière position de ces techniques.

Conclusion

Les MDVs proposent une nouvelle approche sur la représentation des techniques de test. Premièrement, le modele MDV fournit un moyen graphique utile pour spatialiser, comprendre et mémoriser chaque technique de test grâce aux caractéristiques spécifiques des mandalas. Deuxièmement, le ≪ MDV Projet ≫ (en cours de définition) pourrait fournir une illustration pratique englobant toutes les techniques utilisées dans un projet. Cela permettrait de fournir un modèle pour représenter graphiquement la part des techniques de test identifiables dans un projet en cours, pour aider les parties prenantes dans leurs décisions. Cela permettrait aussi de mettre l’accent sur la question des techniques de test et de leur efficacité relative en vue de constituer une base de données par entreprise et/ou par client pour capitaliser sur le sujet puis pouvoir guider des choix stratégiques de couverture.

Les MDVs sont encore en cours de développement (ex : pour des échantillons de projet ou les revues) nous serions heureux de partager nos modèles avec vous et de connaître vos impressions. Dessiner des pictogrammes significatifs et suffisamment intuitifs est un vrai challenge pour certaines techniques, aussi toute suggestion complémentaire sur ceux-ci serait également bienvenue.

Auteurs de la partie « tableaux synthétiques » : Philippe Roux-Salembien (ACIAL), Zied Bouhalli (ACIAL), Bruno Drahi (ACIAL)

Note de Ph.R-S : Remerciements particuliers à Mme Geninet pour m’avoir inspiré le concept des MDVs avec ses mandalas et avoir gentiment accepté que son travail soit référencé dans cet article. Merci aussi à Thierry Charles pour son aide dans les premières esquisses papier du modèle que j’avais conçu, et tous mes remerciements à Eileen Basgallop pour son aide aimable à la correction de la première version de cet article editée en anglais dans la revue Testing Experience (ref. ci-dessus). Et bien évidemment, remerciements spéciaux à Damien, Franck et Gregory pour leur soutien et leur aide significative pour développer, éprouver et améliorer le concept des MDVs ainsi que cet article.

Je tiens à remercier mes collegues Zied et Bruno pour leur réactivité, leur disponibilité et leur apport enrichissant lors de la rédaction de la partie “tableaux synthetiques” de cet article. Mes remerciements vont également à Damien Mathieu pour sa relecture très attentive de ces tableaux synthétiques

Laisser un commentaire